Extension du café

 

extension de la culture

 

Dans les dernières années du 18e siècle, les trente mille charges de café qui sont importées du Yémen valent plus de 250 millions de paras, soit près du tiers du total des importations de l'Egypte. Ce café est ensuite en partie consommé sur place, mais aussi, pour une large part, réexporté vers l'Europe, dont l'Egypte est le principal fournisseur, et vers les provinces de l'Empire ottoman et surtout Istanbul ; le café y est devenu une denrée de première nécessité dont la pénurie aurait provoqué des troubles intérieurs : aussi le gouvernement ottoman veille-t-il à ce que l'Egypte assure un approvisionnement suffisant pour la consommation de la capitale, au besoin en interdisant les sorties de cette précieuse denrée vers les pays européens.

 

Chronologiquement, c'est par des tentatives des Européens pour s'introduire directement sur le marché de production du Yémen que le renversement des courants commerciaux traditionnels commence. Dans les premières années du 18e siècle, les grandes puissances maritimes européennes s'efforcent d'aller acquérir le café directement sur les marchés du Yémen pour briser le monopole dont jouit l'Egypte et qui, en raison des exigences d'Istanbul, a souvent pour conséquence une interdiction d'exporter le précieux produit vers l'Occident. Les Hollandais établissent un comptoir à Mokha où ils envoient, chaque année, de Batavia, un vaisseau de 700 tonneaux pour charger du café et d'autres marchandises de l'Arabie. Les Anglais, de leur côté, envoient également des navires au Yémen et ils disposent, avant 1720, d'une " factory " appartenant à la Compagnie des Indes et dont les archives de la Compagnie montrent l'activité entre 1720 et 1740. Les Français ne sont pas en reste:

en 1709 la compagnie des négociants de Saint-Malo envoie trois navires au Yémen et ils rapportent 5 300 charges de café, mais au terme d'un voyage qui durera deux ans. Le voyageur français La Roque, qui est à Mokha en 1709, décrit avec précision le commerce du café traditionnel : c'est à " Betelfaguy " (Bayt al-Faqîh) écrit-il, à trente cinq lieues de Mokha " que se font les achats de café pour toute la Turquie ; les marchands d'Egypte et ceux de Turquie y viennent pour ce sujet " ; il est chargé sur de petits bâtiments qui le portent à Djeddah où il passe sur des navires à destination de Suez. Il décrit à Mokha le comptoir hollandais, évoque un navire anglais mouillé dans le port et la visite de trois navires français. Pour garder le monopole, les Arabes ébouillantent les grains avant de les laisser embarquer pour empêcher toute germination et donc toute tentative de plantation ultérieure. Les Européens vont multiplier les ruses, l'espionnage et le vol pour détourner la vigilance des Arabes et voler les grains si ardemment convoités. Les marins hollandais introduisent les premiers plants de caféier, originaires de Mokha, d'abord à Ceylan (1658) et en Inde (où un pèlerin Baba Budan a déjà planté du café sur la côte de Malabar après avoir ramené sept cerises à Chikmagallur), puis dans toutes les colonies hollandaises d'Asie vers 1690. Ils rapportent alors des plants de l'île de Java vers l'Europe. Le caféier sera cultivé dans les serres du jardin botanique d'Amsterdam, en particulier. Des plants seront offerts à Louis XIV qui les confiera aux botanistes du Jardin du roi, l'actuel jardin des Plantes. De là, le caféier sera introduit dans les colonies antillaises où la France s'approvisionnera librement.

 

En effet, en 1720, Gabriel de Clieu est autorisé à revenir dans son île de la Martinique avec deux des quatre plants d'Amsterdam. Après un voyage épouvantable, un seul plant arrive à destination, mais l'essentiel est préservé. Dix-huit mois plus tard, un kilo de cerises est récolté, puis replanté dans les îles françaises de la Guadeloupe et de Saint Domingue. Le café des Colonies Antillaises sera consommé en France dès 1736. En 1780 avec 40 000 tonnes annuelles, Saint Domingue fait alors figure de premier producteur mondial.

 

Bientôt de Cuba à Haïti, en passant par la Dominique et la Jamaïque, où les Anglais plantent en 1730, ce qui sera considéré comme le meilleur café du monde, ce sont toutes les Caraïbes qui sont envahies par le café. La culture du café se diffusera ensuite dans toute l'Amérique latine. En 1727, un jeune officier portugais Palheta se voit refuser quelques grains de café, mais la femme du gouverneur de la Guyane française qu'il courtise lui glisse quelques cerises dans sa poche. C'est ainsi que l'on pourrait dire que le Brésil doit sa place de leader mondial du café autant à la légèreté d'une femme qu'à un grain de café français. Mais ce serait sans parler de l'esclavage que le Brésil, devenu indépendant en 1822, attendra 1888 pour abolir. La demande de café est telle dès le 18e siècle que toutes les colonies ont recours à la traite des Noirs et qu'aux Antilles et en Amérique du Sud des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants cultivent le café dans des conditions inhumaines pour le seul profit d'une poignée de propriétaires.

 

Le 19e siècle sera marqué par l'introduction du café dans toutes les régions tropicales, jusqu'en Australie.

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